Retour de Putuim - Episode #1
Un Episode de notre voyage se termine ! Un episode, une aventure, une épopée ! Celle de quatre blancs-becs jetés dans la jungle pendant dix jours, prets à rejeter toutes leurs habitudes d'occidentaux, le temps d'un partage avec de bien belles personnes...
En partant de notre jolie Puyo, qui ressemble maintenant presque a la maison, il faut environ quatre heures de bus pour se rendre a la communaute de Putuim. Pour notre part cela fut un peu plus rapide puisque le deuxieme bus ne passant pas, nous avons preferé refaire un petit tour a l'arriere d'une camionette sur un long chemin caillouteux pour arriver enfin au pied du chemin s'enfoncant dans la selva, au coeur de l'enfer vert, pour une petite marche d'une vingtaine de minutes. Premiere bonne surprise, a mi-chemin de de cette marche, la riviere que les groupes precedents avait du traverser se voit maintenant surplombee d'un pont, simplifiant un peu l'effort, enfin c'est ce que nous pensions....puisqu'apres celui ci le chemin se voyait de plus en plus ascendant, jusqu'a devenir, pour certain(e)s, une veritable escalade, qui deviendra bien vite quasi-quotidienne.
C'est ainsi que nous sommes arrives. La communaute nous parait bien calme et peu peuplée bien que dotée de maintenant sept chosas (l'habitat traditionnel Shuar), mais tres vite l'arrivee de tous les enfants (une vingtaine !) pour nous souhaiter la bienvenue annonce la couleur...
Ramon, le chef de la communauté et ses deux femmes en comptent 16 a eux seuls...sans compter les adultes qui sont mariés et partis a la ville ou dans d'autres communautés.
Mais nous nous apercevons vite qu'effectivement, tout le monde n'est pas present et l'ambiance est plus que calme pour notre premiere journee, qui nous parait un peu longue sous les rires des gosses qui ne nous quittent pas des yeux en riant, et des longues discussions en shuar que nous ne comprenons pas. Une fois la nuit tombée (a 19h, on s'y fera !), l'atmosphere se detend un peu en lancant notre premiere activité de partage, puisque nous improvisons une petite seance de light painting, ou comment s'eclater avec un appareil photo et une lampe torche...
Une fois ce bon temps passé c'est a l'heure des poules que nous nous couchons -des poules qui d'ailleurs dorment juste a coté de notre chosa, et notre reveil quotidien s'en souviendra. Notre chosa est sommaire mais nous sommes deja bien content d'avoir un toit, et c'est a meme les planches à l'espacement anarchique que nous dormirons. Par chance, la famille qui dort habituellement ici n'est pas a la communauté en ce moment, nous nous rassurons donc de ne pas les voir se contraidre à nous recevoir.
Et les dos s'en souviennent, de cette premiere nuit, mais surtout Valentine qui faute de dormir a preféré se lever d'un coup, raide d'un mal de ventre, vers 3h du matin, pour passer le reste de la nuit malade à vomir tout ce que son corps pouvait, et meme un peu plus. Tourista ? Insolation ? Piqure de scorpion ? Nous attribuons plutot ce mal au medicament tant redouté de prevention contre le paludisme, connu pour ses effets secondaires biens radicaux. Trois d'entre nous, craignant alors que les effets de ces jolies pilules roses soient plus forts que les symptomes de la maladie dont elles protegent decident alors d'arreter le traitement, en sachant qu'il peut toujours se prendre en curatif. Seule Marilou, dont l'appareil digestif defie les lois humaines, continuera et continue encore de prendre cette douce Malarone.
Mais c'est sans doute celle qui a bien fait de continuer le traitement, car c'est bien a elle que les insectes donneront toute leur attention...et les piqures sur ses jambes l'attesteront, plus nombreuses que les litres de chicha que s'engloutissent chaque jour les membres de la communauté.
Et la chicha, parlons-en ! Cette boisson que les groupes précédents nous avait vendu comme dotée d'un gout et d'une texture plus que particuliere, nous nous en souviendront, puisque ci elle devait etre comparee a notre eau, c'est plus qu'1.5 litre que tous engloutissent ici du matin en soir, vantant ses merites pour la force du corps et de l'esprit. Il s'agit en fait de yuca ecrasé puis plus ou moins fermenté, assez liquide et doux le matin, plus fort et grumeleux le soir, elle peut meme, en grosse quantité, apporter un peu d'ébriété a celui qui s'en saoule.
Mais revenons a notre recit. A notre arrivee, et encore en compagnie de nos amis Francisco et Maria qui nous ont conduit ici, nous nous sommes vus recevoir nos noms shuars, qui seront d'ailleurs nos seuls noms pour toute la durée de notre sejour.
Valentine devient alors Jintia noa, une femme qui marche sur un chemin qui ne se termine jamais, et qui ne s'arrete jamais de marcher...
Marilou devient Kukuj noa, une mignonne petite fleur de la jungle, un prenom donné par un certain indien aux cheveux longs et au corps d'apollon, et qui bien vite s'amusera a en arracher les pétales...
Indiana devient Shuerpip noa, une oiseau qui vole et vole sans jamais s'arreter ni se reposer et ne cesse de voyager.
Enfin Victor devient Churubia, un aigle aux grandes ailes et a l'oeil percant qui chasse et devore tout ce qui peut etre chassé, meme les humains...
Au deuxieme jour, nous partons dans une petite ville du doux nom de Pablo Sexto, pour y acheter des explosifs. Ceux ci nous serviront a pecher l'apres midi, le jeu consistant a lancer l'explosif puis, juste apres l'explosion, de sauter dans l'eau avec tous les enfants en reperant grace au soleil les reflets des ecailles des petits poissons, gisant dans les profondeurs du Rio au milieu des herbes aquatiques...
C'est ainsi que quelque fois nous apprecions de manger du poisson plus que frais et peché (enfin, un peu) de nos propres mains ! Coté reste du repas nous avons eu droit les premiers jours à un traitement de faveur puisqu'on nous a servi un peu de riz, le temps de nous habituer...Accompagné des fecules locales qui se mangent par tous et sans limite : la yuca, la papachina, la camote, la banana, le platane (autre banane).
Ici dans les journées tranquilles seulement deux repas : à 8 et 16h, et ce n'est que pendant les journées de travail que nous revenons à un rythme plus européen, car il faut des forces ! Et du repos aussi, avec les nombreuses baignades dans le Rio...
Et c'est de nombreuses fois que nous nous y rendrons, a(u) Rio, pour pecher, se laver, jouer avec les enfants, profiter un peu du soleil et puis s'endurcir un peu aussi de nos peurs des insectes (encore!) puisque sur presque chaque pierre tronent chenilles et surtout araignees, parfois relativement grosses...Nous apprenons, tous comme les indiens, à etre indifferent a ce qui ne pique pas, et puis nous comprenons que ce qui pique n'est pas important puisque cela n'est que douleur ! 'Ce qui ne tue pas vous rend plus fort', voila ce qui pourrait caracteriser nos hotes et surtout les enfants qui ont la peau bien dure et dont les insectes sont les jouets, et qui ne ressentent ni la douleur ni la peur tant que leur vie n'est pas en danger !
Le jour suivant, l'aventure reprend de plus belles et nous remontons non sans peine (faut-il preciser pour qui ?) un petit cours d'eau juché d'embuches et de glissades. Heureusement les filles se voient aider par le fameux indien aux cheveux long, Rosario, le bel ephebe qui jour apres jour s'amourrache de plus en plus de notre petite fleur, la couvrant de calin et volant a son secours quand elle est en peine sur son beau cheval blanc. Notre autre compagnon d'aventure, Edwin, n'est pas en reste puisque celui ci, ayant eu la chance de voyager en europe, y a aussi appris a courir les jupons de femmes occidentales...
Bref, au terme de cette ascension (encore une !) nous voila nez-à-nez avec une gigantesque cascade, qui en plus d'eblouir par sa grandeur et la beauté des arcs en ciels qu'elle crée, nous offre un puissant mais delicieux massage naturel. Et nous de decouvrir un peu plus les legendes indiennes, car sous les sifflements de nos deux compagnons, et a notre grande surprise, on sent le flux d'eau devenir plus fort, et marteler plus encore nos épaules meurtries par nos nuits agitées, à se tourner sans cesse sur les inconfortables planches de demi-bambous qui nous servent de matelas...
Le soir, petite cérémonie afin de nous faire découvrir un peu mieux la coutume locale, par la danse, et la musique.d'abord la démonstration, puis rapidement nous nous joignons à eux pour partager un peu les rythmes des flutes endiablees d'Edwin et les chants de Ramon
C'est tout pour le début du récit, bien plus à venir quand on aura un peu plus de temps !
Nos fidèles lecteurs devront par contre nous excuser du peu de photos que nous partagerons sur notre temps a Putuim, car le mauvais destin à fait que la premiere carte mémoire d'Indiana vient de rendre l'ame, nous privant de bien des souvenirs sur tout le debut du voyage....